Jeudi 19 novembre 2009
4
19
/11
/Nov
/2009
18:35
A quelques semaines du sommet de Copenhague, les écologistes ont les yeux
rivés sur les États-Unis, qui détermineront pour beaucoup l’issue des négociations. De ce pays peut venir l’élan qui manque aujourd’hui pour mener jusqu’au bout une véritable politique
environnementale mondiale, qui ne se limiterait plus à des paroles fleuries dont les conséquences sont quasiment nulles. En même temps, on
peut avoir du mal à imaginer les États-Unis en leader mondial de l’écologie. On parle en effet souvent de
l’empreinte écologique de ce pays : si tous les êtres humains avaient une consommation équivalente à celle d’un Américain, il faudrait l’équivalent de cinq terres pour subvenir à nos besoins
en matière première. Mais qu’en est-il concrètement ?
Pour tenter de le découvrir, rendez-vous à New York. La ville du Dow Jones,
de l’Empire State Building qui domine la ville du haut de ses 102 étages, la dizaine de magasins Apple, les Starbucks coffee à chaque coin de rue, où l’on prend un café tout en surfant sur le web
grâce au wifi… Cette modernité a de quoi envoûter. Pourtant, cette extraordinaire faculté à la démesure et au
gaspillage se fait au prix d’une pollution et d’une utilisation des matières premières toujours accrues. Et si nous allions voir de l’autre côté de la
lumière, pour découvrir une autre facette de la très contradictoire Big Apple ?
New York c’est tout d’abord ses coffee shops qui fleurissent à chaque coin
de rue, où tout ce qui est à acheter peut être emporté. «Take away » semble y être la devise. Mais « throw away » pourrait l’être également : tous les emballages sont
jetables. Les boissons sont dans des verres en plastique, avec un couvercle en plastique, on y boit avec des pailles en plastique emballées dans du plastique… Au supermarché, on trouve parfois
moins de fruits frais que de portions de fruits coupés en morceaux dans des boîtes en plastique, que l’on mange en flânant dans la rue avec une fourchette, jetable elle aussi. Les supermarchés
distribuent toujours des sacs en plastique. Dans la plupart des magasins, ce sont les employés eux-mêmes qui mettent les courses dans ces sacs, qu’ils mettent toujours en double pour qu’ils soient
plus solides. Pendant ce temps, les poubelles s’amoncellent et il n’est pas rare d’en voir des tas entiers encombrer les trottoirs.
Dans les rues, c’est le défilé de voitures, et pas n’importe lesquelles.
Les 4*4 et les limousines, et même les limousines 4*4, sont la norme. Mais est-ce que des voitures tout terrain, qui se trouvent être aussi les plus polluantes, sont vraiment nécessaires dans les
rues de New York ?
A Times Square, les enseignes lumineuses et les écrans géants s’étalent de
chaque côté de la rue, dans des prouesses de modernité: ainsi, les news et la météo défilent à 50km/h sur l'ancien immeuble du New York Times. Les buildings qui jouxtent cet endroit très animé ont
obligation d’afficher une certaine quantité de publicité et de lumière sur leurs façades, ce qui représente une forte consommation d’électricité, d’autant plus que la plupart des enseignes sont
allumées 24h/24.
New York, c’est aussi les piscines que l’on peut trouver dans nombre de
résidences. Parallèlement, en été, un filet d’eau quasiment tiède coule du robinet, à la place d'une eau bien fraîche. On serait presque obligé de se mettre au Coca! Le service d’approvisionnement
en eau éprouve des difficultés à amener le précieux liquide jusqu’aux plus élevés des étages des plus hauts buildings. Pour y remédier, des réservoirs d’eau ont été construits sur les toits à
partir de 1896. La plupart de ces citernes a été conservée jusqu'à aujourd'hui. Ainsi, le toit du célèbre Crown Building, sur la 5è Avenue, cache un réservoir dans son toit. Pas étonnant dans une
ville où tout n’est qu’apparence.
L’été, une autre source de gaspillage important apparaît : la
climatisation. Les buildings, les magasins, les rames de métro sont entièrement climatisés, si bien qu’on peut passer une journée en ville sans jamais ressentir les effets de la chaleur. Mais là
encore, tout est dans la démesure : les rames de métro sont maintenues à une température fraîche, alors que ses portes s’ouvrent toutes les deux minutes dans les stations où il fait au
contraire très chaud. De même, la climatisation des magasins est parfois poussée à un niveau ubuesque : on ressent parfois la fraîcheur de la climatisation d’un magasin rien qu’en passant dans
la rue devant ses portes ouvertes.
Mais il y a pourtant de quoi garder un peu d’optimisme. Le développement
des aliments biologiques montre que les Etats-Unis commencent à se préoccuper de la protection de l’environnement. Ces prémices d’une prise de conscience ne tentent pas de modifier le mode de
consommation, elles commencent tout juste à émettre quelques réserves concernant un mode production basé sur l'utilisation abusive des pesticides et des engrais chimiques. Un changement de
comportement est pourtant inévitable : vivant dans un mode aux ressources limitées, nous n’avons pas le choix : ou bien nous nous limitons de nous-mêmes en réduisant l’utilisation des
matières premières, ou bien la finitude des réserves terrestres viendra nous limiter brutalement. Cet enjeu crucial sera discuté lors du sommet de Copenhague. D'où l'importance des décisions qui en
découleront pour les années à venir.
Par Charlotte
-
Publié dans : Reportage
0